Douce Coach

Repères · 8 min de lecture

Un objectif qui n’est pas SMART n’est pas un objectif

C’est une intention. Une intention peut être sincère, urgente, mûrie depuis des années : elle ne se réalise pas toute seule. Voici ce que chaque lettre empêche concrètement de rater.

Le mot fait fuir, l’idée est simple

SMART traîne une réputation de séminaire d’entreprise, de tableau blanc et de vocabulaire creux. C’est dommage, parce que derrière l’acronyme il n’y a aucune théorie : cinq questions posées à une phrase, pour savoir si elle décrit quelque chose qu’on peut réellement atteindre, ou seulement quelque chose de désirable.

Spécifique. Mesurable. Ambitieux. Réaliste. Temporellement défini. Ce n’est pas une méthode de motivation, c’est une grille de vérification. On ne l’utilise pas pour se donner du courage, on l’utilise pour savoir si on a un objectif ou une envie.

Ce qui casse quand il manque une lettre

Apprendre l’acronyme ne sert à rien. Ce qui sert, c’est de connaître les dégâts que produit chaque manque. Ils sont très reconnaissables, et je les vois arriver bien avant la personne que j’accompagne.

Sans le S, vous travaillez sur dix projets à la fois

« Me reconvertir » recouvre au moins dix chantiers : choisir un secteur, se former, refaire un CV, activer un réseau, encaisser une baisse de revenus, en parler chez soi. Tant qu’on ne désigne pas lequel on traite maintenant, chaque séance parle d’autre chose, et l’énergie se disperse exactement comme la conversation.

Sans le M, personne ne peut dire si l’objectif est atteint

Chaque objectif doit porter sa propre mesure : un chiffre, un fait, une preuve qui permet de trancher, le jour de l’échéance, entre atteint et non atteint. Pas « mieux qu’avant », pas « en bonne voie » : oui ou non.

« Développer mon réseau » ne se tranche pas. « Avoir eu douze conversations d’une demi-heure avec des professionnels du secteur au 30 juin » se tranche : on compte, et on sait.

Cette mesure se décide au moment où l’objectif est posé, jamais après. Un critère choisi en cours de route s’ajuste toujours, sans qu’on s’en aperçoive, à ce qui a déjà été fait.

Elle rend un second service, moins attendu : elle vous protège de votre humeur du jour. Un soir de découragement, vous conclurez que rien ne bouge. Le compte, lui, dira le contraire.

Sans le A, vous décrivez ce qui allait arriver de toute façon

Ambitieux. Un objectif que vous atteindriez sans rien changer n’est pas un objectif : c’est une prévision. Il donne le confort d’une case cochée, sans aucun de ses effets.

C’est le travers le plus discret, parce qu’il ne ressemble jamais à un échec. On pose une barre qu’on franchit déjà, on la franchit, on recommence — et six mois plus tard rien n’a bougé, sauf la liste des objectifs atteints.

Le repère est simple : si vous savez d’avance que ce sera fait sans effort particulier, montez la barre.

Sans le R, vous fabriquez la preuve de votre incapacité

Réaliste. Un objectif hors de vos capacités n’est pas un objectif difficile : ce n’est pas un objectif du tout, puisqu’il ne peut pas être atteint. Il ne produit pas un dépassement, il produit un échec — et cet échec vient confirmer ce que la personne pensait déjà d’elle-même.

C’est le piège le plus coûteux, parce qu’il ressemble à de l’ambition au moment où on le pose. La différence se vérifie pourtant : un objectif ambitieux demande un effort que vous pouvez fournir sur la durée fixée ; un objectif irréaliste demande des moyens, du temps ou des appuis dont vous ne disposez pas.

Réaliste ne veut pas dire confortable. Ça veut dire possible.

Sans le T, rien ne commence

Sans date, tout glisse vers « bientôt », et « bientôt » n’arrive jamais. Une échéance n’est pas une pression supplémentaire : c’est ce qui rend l’arbitrage possible. Sans elle, votre projet perd contre l’urgence de tout le monde, chaque semaine, sans que personne ait rien décidé.

Le test en trois questions

Vous pouvez vérifier n’importe quel objectif en une minute, sans moi.

1. À quoi verrai-je que c’est fait ? Si la réponse est un ressenti — « je me sentirai mieux » — ce n’est pas mesurable.
2. Qu’est-ce que je fais lundi prochain ? Si vous ne savez pas répondre, l’objectif est encore trop gros. Redécoupez.
3. Quel jour ? Si la réponse est « dès que possible », il n’y a pas d’échéance, donc pas d’objectif.

Une réécriture, pas à pas

Point de départ, tel qu’il arrive en séance : « Je veux arrêter de me laisser déborder au travail. »

S — Qu’est-ce qui déborde, exactement ? Les demandes qui tombent après 18 h et qu’on accepte dans la seconde.
M — Que va-t-on compter ? Le nombre de soirs par semaine où une demande tardive est acceptée sans arbitrage.
A — Est-ce que ça demande un vrai changement ? Oui : accepter dans la seconde est devenu un réflexe, s’en défaire suppose de tenir une règle chaque soir.
R — Est-ce dans mes capacités avec ce poste et ce manager ? Quatre soirs sur cinq, oui. Cinq sur cinq, non : il y a des urgences réelles.
T — Pour quand ? Le 15 novembre, avec un premier relevé dès cette semaine.

Résultat : « D’ici au 15 novembre, aucune demande arrivée après 18 h n’est acceptée le soir même : je l’arbitre le lendemain matin. Je note chaque soir si la règle a tenu, avec un objectif de quatre soirs sur cinq. »

La deuxième version fait un peu peur. C’est normal, et c’est bon signe : elle est enfin attaquable, et on saura le 15 novembre.

A et R forment une fourchette

Pris ensemble, ces deux critères ne se contredisent pas : ils délimitent. Ambitieux fixe le plancher — en dessous, ce n’est plus un objectif, c’est une prévision. Réaliste fixe le plafond — au-dessus, ce n’est plus un objectif, c’est un souhait. Un objectif vivant se tient entre les deux, et il est presque toujours un peu inconfortable. C’est normal : s’il était confortable, il serait passé sous le plancher.

Ce que la grille empêche, ce n’est donc jamais l’ambition. C’est le flou d’un côté, et le fantasme de l’autre.

Et la pertinence, alors ?

Certaines versions de l’acronyme font du R un « pertinent ». La question compte : un objectif peut être irréprochable sur les cinq critères et ne rien changer à ce qui vous pèse. Mais elle se tranche avant, au moment où l’objectif final est choisi — avec le SWOT et le regard porté sur votre cadre de vie et votre entourage. Une fois la cible retenue, le R sert à vérifier qu’elle est à votre portée, pas à rediscuter si c’est la bonne.

Tout ne se mesure pas, et alors ?

Le reproche est sérieux, et il est vrai d’un ressenti. Mais un ressenti n’est pas un objectif, c’est un motif : la raison pour laquelle vous êtes là. S’il n’existe aucune mesure capable de dire si c’est atteint, ce n’est pas encore un objectif — c’est une direction, et le travail consiste justement à la transformer en cible. On mesure ce que vous faites, pas ce que vous éprouvez ; et dans les faits, le ressenti bouge parce que les actes bougent, rarement l’inverse.

Pourquoi je n’y déroge pas

Un objectif SMART, c’est ce qui rend le reste possible. Le plan d’action en découle. Le suivi consiste à vérifier des échéances plutôt qu’à commenter des impressions. Et vous pouvez, à tout moment, savoir où vous en êtes sans avoir à me le demander.

Sans cette exigence, un accompagnement devient une conversation régulière et agréable qui ne mène nulle part. Elle peut faire du bien sur le moment. Elle ne vous amène pas où vous vouliez aller, et vous la payez.

À lire aussi : Il n’y a pas de coaching sans objectif.

On formule le vôtre ensemble ?

La première séance dure deux heures et sert exactement à ça. Avant, quinze minutes au téléphone suffisent pour vérifier que le coaching est la bonne réponse à votre situation.

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