Il n’y a pas de coaching sans objectif
On me demande souvent ce qui distingue une séance de coaching d’une bonne conversation. La réponse tient en un mot, et elle est plus exigeante qu’elle n’en a l’air : l’objectif.
Un coaching commence le jour où l’objectif est nommé
La plupart des gens arrivent avec une phrase du même genre : « j’aimerais que ça bouge », « je ne suis pas à ma place », « je n’en peux plus ». C’est un point de départ légitime, et c’est même presque toujours celui-là. Mais tant que cette phrase n’est pas transformée en cible, il n’y a rien à viser. Donc rien à mesurer. Donc rien qui puisse être atteint.
Retirez l’objectif d’un accompagnement et il reste une écoute. Une écoute peut être utile, parfois précieuse. Ce n’est simplement plus du coaching.
Une envie n’est pas un objectif
« Reprendre confiance ». « Être plus organisée ». « Changer de métier ». Ce sont des directions, pas des destinations. Le problème n’est pas qu’elles soient mal formulées : c’est qu’on ne saura jamais quel jour on est arrivé. On peut y travailler des années et rester dans le flou, avec la sensation désagréable d’avancer sans repère.
Un objectif se reconnaît à un signe très simple : vous êtes capable de dire, avant de commencer, à quoi vous verrez qu’il est atteint. Si vous ne pouvez pas répondre à cette question, ce n’est pas encore un objectif. C’est une intention, et le travail consiste justement à la faire descendre d’un cran vers le concret.
SMART, et pourquoi ce n’est pas un gadget de séminaire
L’acronyme traîne une réputation de jargon d’entreprise. C’est dommage, parce qu’il ne dit rien d’autre que ceci : un objectif doit être formulé de façon à ce qu’on puisse savoir où on en est.
Spécifique. Une seule chose, décrite précisément. « Trouver un travail » recouvre dix projets différents ; « décrocher un poste de chargée de communication dans une structure culturelle » n’en recouvre qu’un.
Mesurable. Une mesure précise, décidée d’avance, qui permet de dire au jour dit si l’objectif est atteint ou non. Trois entretiens passés. Douze personnes contactées. Le dossier déposé. Jamais « des progrès ».
Ambitieux. Si vous l’atteindriez sans rien changer à vos habitudes, ce n’est pas un objectif, c’est une prévision. Il doit vous obliger à déplacer quelque chose.
Réaliste. Avec vos moyens réels — votre temps, votre budget, vos contraintes familiales, vos appuis. Un objectif hors de vos capacités n’est pas ambitieux, il est simplement hors d’atteinte : il ne produira qu’un échec.
Temporellement défini. Une date. Sans échéance, tout glisse vers « bientôt », et « bientôt » n’arrive jamais.
Concrètement, cela transforme « je veux changer de métier » en : « Le 30 juin, j’aurai passé trois entretiens dans le secteur de la petite enfance, après avoir contacté douze professionnels du réseau et terminé la formation d’auxiliaire. » La deuxième version fait un peu peur. C’est normal, et c’est bon signe : elle est enfin attaquable.
L’objectif final, puis les premières marches
Un objectif final tient rarement en une seule séance de travail. Il se pose loin — six mois, un an, parfois davantage — et on le découpe immédiatement en marches plus petites, elles aussi formulées en SMART, à court et moyen terme.
C’est là que se joue la différence entre un projet qui avance et un projet qui reste au stade de l’intention. Une marche franchissable, c’est une action qu’on peut faire cette semaine, sans avoir besoin de courage héroïque. Si une étape vous paralyse, c’est presque toujours qu’elle est encore trop grosse : on la redécoupe, jusqu’à ce qu’elle devienne faisable.
Ce qu’on regarde avant de fixer la cible
Poser un objectif sérieux prend du temps, et c’est pour ça que la première séance dure deux heures.
On y regarde votre cadre de vie, et surtout les interactions avec votre entourage. Qui vous pousse, qui vous freine — souvent sans le savoir, parfois avec les meilleures intentions du monde. Un objectif qui ignore ces forces-là se heurte au réel dès la deuxième semaine.
On construit ensuite un SWOT : vos forces, vos faiblesses, les opportunités disponibles, les menaces identifiables. Ce n’est pas un exercice de style. C’est ce qui permet de vérifier que le « A » et le « R » de SMART tiennent vraiment, plutôt que de les décréter.
Et quand il n’y a pas d’objectif possible ?
Ça arrive. Parfois, une personne n’est pas en état de se projeter, et aucune formulation ne changera cela. Ce n’est pas un échec, c’est une information : ce dont elle a besoin à ce moment-là n’est pas un coaching.
Je le dis franchement quand c’est le cas, et j’oriente vers un professionnel dont c’est le métier. C’est aussi l’un des points qu’on vérifie ensemble pendant l’appel de quinze minutes, avant tout engagement. Proposer un accompagnement qui ne répond pas au bon besoin ne rend service à personne.
Ce que ça change, dans les faits
Quand l’objectif est posé, tout le reste devient simple à organiser. Le plan d’action découle de la cible. Le suivi consiste à vérifier les échéances plutôt qu’à commenter des impressions. Et vous savez, à chaque instant, où vous en êtes — parce qu’il existe un critère extérieur à votre humeur du jour.
C’est la raison pour laquelle je n’accompagne personne sans objectif écrit. Non par rigidité, mais parce que sans cible, je n’aurais rien à vous apporter que vous ne puissiez trouver dans une bonne conversation entre amis.
Vous avez une direction, mais pas encore de cible ?
C’est exactement le point de départ habituel. Quinze minutes au téléphone suffisent pour en parler et vérifier ensemble si un coaching est la bonne réponse.